Qui a écrit la torah?

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Rabbin Marc Meyer
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Message par Rabbin Marc Meyer » 28 juin 2004, 17:49

Merci beaucoup pour le site qui traite des manuscrits de la mer morte.

Il ne faut surtout pas interprêter le Raschi que vous rapportez dans le sens que vous lui avez donné. Regardez le commentaire du Maharal de Prague dans son Gour Aryé. Les termes qu'il utilise sont sans équivoque :
"אין הפירוש חס ושלום שהסופר כתב כך בתורה, חלילה לומר כך, אלא פירוש שהתורה כתבה דרך כבוד כלפי מעלה כמו שדרך הסופרים לכתוב דרך כבוד"
Si vous n'avez pas l'hébreu, voici ce qu'il dit : "A D-ieu ne plaise, d'expliquer que le scribe a ainsi écrit dans la Torah (c'est-à-dire corrigé dans la Torah). Ce serait une profanation que de dire une telle chose. Il faut le comprendre ainsi : La Torah est écrite en tenant compte du respect dû au Très Haut, comme les scribes ont l'habitude d'écrire de façon respectueuse."
Vous retrouverez la même idée dans le commentaire de Haktav VeuHakabalah.
"אין הכוונה לומר ששינה שום אדם דבר מה בתורתינו הקדושה חלילה כי אין אדם בעולם שיזייף ספר ויאמר אני זייפתי ותקנתי כך וכך "
"Cela ne veut pas dire que qui que ce soit ait changé quoi que ce soit dans notre Sainte Torah, ce serait une profanation ! Car personne au monde ne procèderait à une falsification et viendrait dire après cela : C'est moi qui ai falsifié et arrangé ceci ou cela."
Et il explique le Raschi (qui vient du Midrasch) quasiment de la même façon que le Maharal.
Les plus grands auteurs sont du même avis dans l'explication de ce Midrasch : Rabbi Eliyahou Mizra'hi, le Raschba, le Baal Halichoth Olam et d'autres.
Et si l'on trouve une autre explication, qui ferait intervenir nos Sages, ce serait toujours dans le même esprit, c'est-à-dire que cela voudrait dire que les Sages ont remis les choses à leur place.
Il y a même un commentaire du Midrasch qui pense probable que ceux qui ont écrit le Raschi se sont trompé dans leur retranscription.

En ce qui concerne la position du Rambam qui vous semble plus complexe, je puis vous rassurer : le Rambam est très clair et net à ce sujet.
En réalité le Rambam ne fait que rapporter une Guemara dans Baba Batra, qui elle, rapporte une discussion entre deux Tana-im. L'un affirme que c'est Yehoschoua, l'élève de Mosché Rabbeïnou qui a écrit les 8 derniers versets de la Torah, et l'autre s'élève contre une telle idée ": Comment ! Une seule lettre de la Torah pourrait-elle manquer ? Mais jusqu'à ces versets, c'est Haschem qui dit et Mosché qui dit et qui écrit. Et à partir de là, c'est Haschem qui dit et Mosché qui écrit Beudéma."

תני' וימת שם משה עבד ה' אפשר משה חי וכתב וימת שם משה אלא עד כאן כתב משה מכאן ואילך כתב יהושע דברי ר"י ואמרי לה ר' נחמיה אמר לו ר"ש אפשר ס"ת חסר אות אחת וכתיב לקוח את ספר התורה הזה אלא עד כאן הקב"ה אומר ומשה אומר וכותב מכאן ואילך הקב"ה אומר ומשה כותב בדמע

Le Gaon de Vilna fait remarquer que la réponse du 2ème Tana n’évacue en aucune façon la question du 1er.
Tout au plus, grâce à Raschi nous remarquons que Mosché ne prononce plus les mots quand il écrit « Et Mosché mourut.. ». Mais il trouve impossible que Mosché puisse écrire un mensonge.
Et comment, demande encore le Gaon, le 1er peut-il ignorer la question du 2ème en ce qui concerne la Torah qui ne peut être que complète ?

Une parenthèse pour rappeler ici une affirmation de Rav Dessler dans son Michtav Meïéliyahou.

Il n’y a jamais de discussions entre les Sages dans le domaine de la Aggadah : ce sont différents points de vue d’une même chose.
C’est comme une feuille de papier qui vue de face est plate et large – et vue de coté est mince et sans largeur.
Je ferme la parenthèse.

Pourquoi, demande le Gaon de Vilna, la question se pose-t-elle pour les 8 derniers versets de la Torah ? Toute la Torah existait avant la création ! Et les faits historiques qui se trouvent dans la Torah n’avaient pas encore eut lieu !
La Torah, explique le Gaon, était formée de Noms de D-ieu où les lettres et les mots étaient associés pour exprimer les secrets que seuls les connaisseurs peuvent appréhender. Plus tard, Haschem les a ré-associés pour exprimer les Mitsvoth et tout le reste.
Les 8 derniers versets de la Torah ont été écrits par Mosché sous la dictée de Haschem – mais selon l’association des lettres et des mots formant des Noms de D-ieu, comme avant la création : « Beudéma » vient du verset « Meuléatecha Veudim-atecha… » exprimant l’idée de mélange indéfinissable. Après la mort de Mosché, la permission a été donnée à Yeuhoschoua de réécrire, cette fois-ci de façon claire, les 8 derniers versets de la Torah.

En conclusion, les 2 Tana-im expriment 2 vérités en aucune façon contradictoires, mais plutôt complémentaires.
Et le Rambam a une position plus que claire à ce sujet : il dit bien : « …Oumosché Mipi Hagueuvourah Omeram.. » (il semble, selon ce que nous venons de rapporter au nom du Gaon et de Raschi, qu’il eut été plus judicieux d’écrire Kotevam plutôt que Omeram).

Votre dernière remarque concernant le danger d’une mauvaise interprétation du texte, permettant l’introduction d’une idée de corporéité à propos du Créateur est tout à fait juste. A la nuance près, c’est qu’en aucune façon le texte de la Torah ne peut être changé, et ce, pour quelle que raison que ce soit.

Lorsque Haschem a dit à Moscheé Rabbeïnou d’écrire une expression plurielle à propos de Lui-même, Mosché s’est insurgé : « Les non-croyants vont s’en donner à cœur joie ! » Haschem lui répondit : « Que celui qui veut se tromper vienne et se trompe ! »
Vous avez là un exemple parmi d’autres pour étayer mes dires.

Je vous remercie beaucoup de m’avoir permis d’éclaircir tous ces points.
Kol Touv.

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