Le métier d'avocat
Modérateurs : RAV hai AMRAM, Sarah, Rav Michaël Szmerla, Rav Binyamin Wattenberg, Rav Imanouel Mergui, Les Rabbanim
Le métier d'avocat
L'exercice de la profession d'avocat est-il problématique au regard de la hala'ha ? La question est-elle évoquée dans les posskim ?
Merci pour votre réponse
- Jacques Kohn ZAL
- Rav
- Messages : 2771
- Enregistré le : 18 déc. 2003, 17:39
- Localisation : Jérusalem
Le métier d'avocat
Votre question rejoint celle, souvent posée, de savoir si un avocat a moralement le droit de prendre la défense d’un individu qu’il sait coupable, ou de plaider une cause dont il est convaincu qu’elle est indéfendable.
Si l’on se place à un niveau théorique, on est tenu de postuler, dans un Etat de droit, que nul n’est coupable aussi longtemps qu’il n’a pas été déclaré tel par la justice. En d’autres termes, l’avocat n’a pas, se substituant à la justice, à prononcer un « pré-jugement » contre un justiciable.
D’autre part, le rôle de l’avocat ne consiste pas seulement à défendre sur le fond la cause qui lui a été confiée, mais à assurer la contradiction du débat judiciaire, et de faire valoir, face à ses adversaires et à ses juges, les règles de droit – et notamment de procédure – sans le respect desquelles il ne peut y avoir de véritable justice. A ce niveau-là, il est bien moins le mandataire de son client que l’auxiliaire de la justice au sens le plus noble du terme.
C’est pourquoi il va de soi, dans un pays libre, que le plus « immonde salaud » a le droit de se faire assister par un avocat, et que celui-ci a le devoir, sans préjuger de sa culpabilité, de faire valoir tous les éléments – de fait et de droit – qui plaident en sa faveur.
Mais il va également de soi qu’un avocat a tout à fait le droit de refuser une cause qui heurte ses convictions, tout comme il a le devoir de ne pas accepter celles dans lesquelles il a un conflit d’intérêt.
J’ajoute qu’il existe, dans les batei din israéliens, juridictions chargées de trancher certains litiges conformément à la halakha, des avocats spécialisés dont le rôle est de représenter les justiciables.
[J. K.]
LE métier d'avocat
Malgré l'exhaustivité de votre réponse, je me permets de vous soumettre une difficulté qui subsite dans mon esprit. L'avocat, en tant qu'il défend les intérêts de son client, ne va-t-il pas être souvent amené à travestir certains faits juridiques ou à les omettre aux dépens de la justice ?
Avec mes remerciements
- Jacques Kohn ZAL
- Rav
- Messages : 2771
- Enregistré le : 18 déc. 2003, 17:39
- Localisation : Jérusalem
Le métier d’avocat
Je n’ai nullement l’intention, en effet, de sortir des limites que s’est imposées le site techouvot.com.
Sous la réserve déjà exposée concernant le droit pour l’avocat de refuser une cause qui heurte ses convictions, il est clair que celui-ci, en tant que porte-parole des intérêts de son client, n’a pas à s’en faire juge ni à faire siens la cause, les intérêts et les convictions de celui-ci. La seule limite qui lui est imposée est l’interdiction de les trahir et de les mettre au service de l’adversaire.
Je vous rappelle d’autre part que l’avocat n’est pas un juge et qu’il n’a pas, par conséquent, à « pré-juger » la cause de son client. Je pense, pour cette raison, que la perspective de « travestir certains faits juridiques ou de les omettre aux dépens de la justice » constitue, pour l’essentiel, l’exposé d’un vain débat.
[J. K.]