Le Ari le loulav et moi
Modérateurs : RAV hai AMRAM, Rav Dov Roth-Lumbroso, Sarah, Rav Michaël Szmerla, Rav Binyamin Wattenberg, Rav Imanouel Mergui, Rav Poultorak, Les Rabbanim
Le Ari le loulav et moi
Ce matin, en changeant les aravot du loulav d'un ami, je lui ai demandé s'il voulait la disposition classique (3 hadassim à droite, 2 aravot à gauche) ou la disposition selon le Ari ז'ל (une arava sur un hadass de chaque côté et un hadass au milieu) (pour moi-même je noue en disposition classique).
Passe au même moment un rabbin qui fait la remarque à mon ami que s'il positionne ainsi ses espèces, c'est qu'alors il faut tout faire selon le Ari.
Ne connaissant pas le problème je me suis abstenu de toute remarque mais je ne vous cache pas que le côté unilatéral de la réponse m'a laissé un goût amer.
Peut-on être aussi péremptoire ? Est-ce un non sens de faire certaines mitsvot al daat Ari ז"ל et pas d'autres ?
J'accepte la position si tel est le cas, mais j'aimerais un peu de lumière sur ce point si possible. (Sur le massé hamitsvot al pi Ari quand le cas se présente, pas sur le loulav qui n'était qu'un exemple).
Merci beaucoup.
- Rav Binyamin Wattenberg
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- Enregistré le : 24 févr. 2011, 19:26
Il n'y a pas vraiment de raison d'interdire de "faire son marché" dans les habitudes qui ne sont pas foncièrement halakhiques et qui ne dépendent pas des textes halakhiques.
Ce point n'est pas traité dans le shas, on peut placer ses hadassim comme on le souhaite en fait, mais il est souhaitable de les placer comme l'habitude de nos pères, à savoir comme l'indique le Shla cité dans Maguen Avraham (O"H §651, sk.4) qui mentionne aussi l'opinion du Ari.
Je sais que certains a'haronim vont tenter de proposer des preuves à partir du shas pour appuyer une coutume plus qu'une autre et en l'occurrence, ici, nous trouvons un Rashash (dans Sanhedrin 44a) qui trouve une source dans la gmara au positionnement des branches comme le Ari, mais il suffit d'étudier la souguia pour se rendre compte de la faiblesse de la preuve qui repose sur des prémisses fort discutables.
On préférera donc disposer ces deux minim comme à l'habitude et il ne convient pas de changer le minhag pour adopter celui du Arizal.
Lorsque la coutume du Arizal est répandue et acceptée, il est autorisé de la suivre, mais il n'y a pas de raison d'adopter une coutume du Arizal si elle est contraire au minhag.
Il se trouve que sur ce dossier, il n'y a rien de très grave, car même celui qui place ses branches autrement est quitte de la mitsva dans la mesure où il les prend toutes pour la bénédiction.
Même s'il ne respecte pas les détails de la prescription mentionnés dans le shas (comme prendre le loulav dans la main droite et le Etrog dans la gauche...-souka 37b), ce n'est pas meakev la mitsva.
Mais il n'est pas bon de vouloir adopter un nouveau minhag que l'on aurait récemment découvert, sous prétexte d'être séduit par le Arizal.
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anony
C'est juste dommage de placer une phrase en passant sans prendre le temps d'expliquer. D'autant que dans ce cas la remarque est tout à fait justifiée. Et je comprends tout aussi bien l'idée de rester attaché à des choses concrètes plutôt que se laisser séduire comme vous dites par des notions qui nous échappent pour la plupart du temps.
- Rav Binyamin Wattenberg
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- Enregistré le : 24 févr. 2011, 19:26
You’re welcome.Merci beaucoup pour votre réponse.
Je suppose que le rabbin en question imaginait qu’il serait convenablement compris malgré son peu d’explication, il ne faut pas lui en vouloir.C'est juste dommage de placer une phrase en passant sans prendre le temps d'expliquer
Raison de plus de ne pas lui en vouloir :)D'autant que dans ce cas la remarque est tout à fait justifiée.
Raison de plus de l’en remercier :)Et je comprends tout aussi bien l'idée de rester attaché à des choses concrètes plutôt que se laisser séduire comme vous dites par des notions qui nous échappent pour la plupart du temps.
- Rav Binyamin Wattenberg
- Messages : 6569
- Enregistré le : 24 févr. 2011, 19:26
J’ai déjà écrit plus haut qu’il n’y a rien de « grave » à changer la disposition des branches du loulav, ce n’est pas Meakev, celui qui veut absolument les placer de telle ou telle manière peut le faire, rien de très grave.Mais au fond le Ari lui-même a changé le minhag en proposant sa façon de faire ...
Pourquoi ne peut-on pas faire la même chose ?
Je ne fais que souligner que « tant qu’à faire », il vaut mieux préserver le minhag établi et qu’il ne faut pas se dire « puisque c’est le Arizal, c’est que c’est forcément mieux ».
Néanmoins, je précise que le « changement » qu’aurait opéré le Arizal n’est pas forcément comparable au notre aujourd’hui en l’imitant, car à son époque, la coutume n’était peut-être pas si ancrée/fixée, les gens plaçaient encore leurs branches un peu au choix, chacun à sa manière.
Il n’y a pas de halakha « au niveau de la gmara » qui indiquerait de les placer de telle ou telle manière, cela signifie que les juifs à l’époque de R. Ashi plaçaient leurs branches comme bon leur semblait.
Le Shla a écrit ce qu’il a écrit à ce sujet APRES le décès du Arizal, pas avant.
Donc le Ari n’opérait pas vraiment une césure avec le minhag, contrairement à celui qui le suivrait aujourd’hui.