Tfila betsibour et les rabbanim qui priaient seuls (Brisk)
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Tfila betsibour et les rabbanim qui priaient seuls (Brisk)
Les notions de תפילה בציבור et de תפילה בעשרה sont-elles une seule et même chose ? Quand il est dit qu'une תפילה בציבור est tout le temps agréée, s'agit-il également d'une prière a dix personnes ? Ou s'agit-il d'un rassemblement de la communauté toute entière ?
Car cette idée de "priez avec minyane et votre prière est entendue" est légèrement contre-intuitive et peut être même un peu déresponsabilisante.
Je peux comprendre qu'un vrai rassemblement d'une communauté toute entière déchire les cieux, mais un simple minyane a-t-il la même force, même si la présence divine est présente (pardon par la répétition amusante) ?
Il arrive d'ailleurs souvent que la notion de prière avec un quorum de dix personnes aille à l'encontre de la possibilité de prier avec ferveur. J'ai entendu par exemple, mais je ne sais pas si c'est à cause du problème que je viens de mentionner, que certains grands érudits en Israël (affiliés à la chita de Brisk) prieraient seuls chez eux la plupart du temps, et ne se déplaçaient que pour écouter la lecture de la Torah.
Si vous pouviez nous aider à faire un peu d'ordre dans tout cela, merci beaucoup.
- Rav Binyamin Wattenberg
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Vous avez donc raison que lorsque toute la communauté est réunie ça aura encore plus de valeur, mais dès qu’on est dix, ça passe déjà au stade de Tfila Betsibour/beminian.
N’oubliez pas qu’il y a eu dans le passé beaucoup de communautés juives ne comportant qu’une dizaine de juifs majeurs (ou à peine plus).
Le fait d’accéder au titre de Tfila Beminian permet aussi le kadish, la Kdousha, la 'hazara et la kriat Hatorah qui confèrent à cette prière un atout majeur par rapport à un groupe de 9 personnes.
Quant aux réfractaires à la tfila beminian, qu’ils soient de Brisk ou d’autres « obédiences » (comme certains cabalistes), c’est souvent pour des raisons de Kavana.
Mais chez Brisk, il semblerait qu’il y ait autre chose, ça serait un choix s’inspirant de leurs rabbanim (Reb ‘Haim et le Brisker Rov) et d’autres (Maharil Diskin, ‘Hazon Ish, R. ‘Haim Greineman,…) et chez les Rabbis ‘hassidiques (comme le Yisma’h Moshé, le Maguid de Mezritsh (Hist. des juifs de Graetz -Paris 1897, V, p.289), Rabbi Nathan de Nemirov durant la période des Sli'hot (cf. "Im lo lemaala mizé" de Y.L. Peretz et Anthologie Juive, Fleg, Paris 1923, p.314) , le Bnei Yissoskhor de Dinov priait Min'ha Beya'hid (Divrei Torah -Munkacz- III, §83), et il y a un grand de la ‘Hassidout (anonyme) cité par Rav Zweifel dans Saneigor (p.221) qui priait toute l’année sans minian excepté à Rosh Hashana et Yom Kipour (je ne sais pas ce qu’il faisait à Parshat Zakhor…), et encore d’autres).
[Il est aussi très fréquent que le Rabbi ‘hassidique ne fasse pas la prière avec ses ‘hassidim mais dans une petite salle attenante et communicante par une petite fenêtre obstruée d’un rideau.
Dans ce cas, ils s’arrangeaient pour que ce soit encore considéré « beminian » (par l’ouverture du rideau aux moments clés), à la différence du Yisma’h Moshé qui priait seul.]
Quelles étaient exactement les motivations de ces rabbanim pour prier seuls à la maison ? c’est fort discuté, il y a toutes sortes de théories.
La kavana revient souvent, ainsi que différents ‘hshashot (inquiétudes halakhiques), ou par modestie pour ne pas qu’on découvre leur Tsidkout ( …), ou encore l’atout de prier « là où l’on étudie (le plus) » (voyez Brakhot daf 8 et Shoul’han Aroukh O’’H §90, 18 dans le Rama).
Voir aussi Rabbi Avraham Aboulafia dans Otsar Eden Ganouz qui écrit en 1286 (imprimé à Jérusalem en 2000, voir page 171 en bas, ici:
http://hebrewbooks.org/pdfpager.aspx?re ... &pgnum=174
contre les « imbéciles » qui critiquent ceux qui prient dans leur salle d'étude (au lieu de prier Beminian à la synagogue).
Reb ‘Haim priait seul, mais aussi tard (-et pas à l’heure du minian du matin comme l’ont fait d’autres rabbanim), il paraît qu’il s’agit d’un calcul de gain de Limoud. C-à-d : voyant qu’il est pris dans une souguia et que l’heure avance, il a le choix entre arrêter son limoud pour s’assurer de pouvoir se lever tôt pour la Tfila, ou continuer son étude et se lever plus tard (bien évidemment AVANT le Sof Zman du Shema).
S’il se couche tôt, il perd tout ce qu’il a fait dans la souguia, un investissement de plusieurs heures qu’il faudra reprendre le lendemain pour se remettre dans le bain, s’il se couche tard, il gagne une avancée considérable dans son limoud.
Autrement dit, ces heures-là ne se remplacent pas par le même nombre d’heures le lendemain.
Le ‘Hafets ‘Haim a aussi fait usage de ce raisonnement lors de la rédaction du Mishna Broura pour se dispenser d’aller prier Min’ha et Maariv Betsibour lorsqu’il estimait que l’interruption allait perdre le fil d’un raisonnement (cf. Toldot imprimées dans le 3ème tome de Kol Kitvei He’hafets ‘Haim, p.48), voir à ce sujet le Biour Halakha (§232 sv Ve-im).
On dit la même chose de plusieurs Rabbanim, dont le Min’hat Its’hak.
Et Rabbi Moshé 'Haguiz aussi priait seul, comme il l'écrit dans son Elé Hamitsvot (§433, daf 21a).
Voyez aussi ce qu'écrit le Yaabets dans Meguilat Sefer (Bick, Jérusalem 1979, p.154) concernant R. Moshé 'Haguiz. Et voir encore Saneigor (p.221) .
Voir aussi Meshartav Esh Lohet (II, p.71) au sujet de Rav Mordekhai Banet, qui était « paroush min haolam », qu’on ne le voyait pas dehors, à part quelques fois où il allait à la synagogue le samedi matin avant la Kriat hatorah, ainsi qu’à Yom Kippour, ou encore les fois où il était Sandak et cas similaires.
Rav Yossef Zekharia Stern, étant toujours assez faible, allait rarement à la synagogue pourtant proche de chez lui. Il s'y rendait le Shabbat pour une prière rapide, et disait : אין לך דבר העומד בפני ביטול תורה (cf. Dmouyot III, Harav Yossef Zekharia Stern, de R. Zeev Arié Rabiner , Jérusalem 1943, p.6-7).
Pour ce qui est des Rabbanim de Brisk, il y a un certain voile autour de l’explication de leur conduite, on retrouve dans quelques sources que le Rav de Brisk priait seul « Mitaam Hakamous » (pour une raison secrète/cachée).
Je ne peux pas affirmer savoir quel est ce Taam Kamous, mais le fait qu’il soit dissimulé me renseigne à son sujet (et m’empêche aussi -pour la même raison, de l’expliquer publiquement) -Vehamaskil Yavin.
Il y a aussi l’argument du Bitoul Torah mais certains (Talmidei R. Yona dans Brakhot 4a midapei haRif) le réservent seulement à celui dont « torato oumanouto » (qui ne s’occupe que d’étudier la Torah).
Bien que d’autres considèrent que tout talmimd ‘hakham puisse prier seul pour éviter le Bitoul Torah (Tour O’’H §90, Behag Hil. Brakh. p.56, Raavia Brakhot §11-et voir aussi Sefer ‘Hassidim §778), il faudra veiller à ne pas être ridicule (=se dire qu’on veut éviter le Bitoul Torah tout en excellant en Bitoul Torah d’un autre côté) et aussi, cela ne concerne que celui qui prie seul pour prier « là où il étudie ».
Encore, il faudra veiller à ne pas trop se faire remarquer pour cela, car les Amei Haarets pourraient bêtement se dire « si le ‘hakham prie seul, je peux en faire autant », alors que la progression spirituelle de l’un passe par la Tfila Beya’hid tout autant que celle de l’autre passe par la Tfila Beminian.
Les rabbins ayant toujours une piètre opinion du peuple (des simples juifs), craignent donc le mauvais exemple que seuls les plus intelligents pourraient comprendre et éviter, mais la masse des juifs risquerait la mauvaise influence si le ‘hakham venait à fanfaronner au sujet de sa prière solitaire.
Et enfin, quant à ce que vous dites que certains rabbins de Brisk prient seuls et ne se déplacent que pour écouter la Kriat hatorah, cela vient du fait qu’il existe une Ma’hloket concernant l’obligation rabbinique de Kriat Hatorah, certains pensent que c’est une obligation qui incombe au Tsibour, de manière générale, un Tsibour, une communauté, doit organiser la lecture publique de la Torah, sans pour autant constituer une obligation à titre individuel (sur chaque individu).
D’autres au contraire, estiment que l’institution de Kriat hatorah est une obligation visant chaque individu séparément (bien qu’il faille un minian pour s’en acquitter), comme c’est le cas pour la Meguilat Esther à Pourim.
Lesdits rabbins Briskers se soucient donc de cette opinion obligeant chacun à entendre la lecture.
[Par contre, le Arizal priait souvent chez lui à la maison, beminian, mais sans Kriat Hatorah. Cf. Shaar Hakavanot 'daf 48d) et Shout Birkat Yehouda (III, O''H §4)]
PS: Par manque de temps et de force, je ne me relis pas, veuillez excuser les fautes et surtout le probable désordre.
Kotzker et tefila beyahid
Je ne sais pas s'il y avait un minyan à proximité qui lui permettait d'être Betsibour quand nécessaire.
Dans le village de Kotzk, il y a une maison avec une tourelle qui aurait été sa maison mais l'authenticité est difficilement vérifiable.
L'endroit de son kever est marqué au cimetière. Il n'y a quasiment aucune matsevot restantes.
- Rav Binyamin Wattenberg
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Très bonne remarque de Philou92.
En effet, on raconte que R. Mendel (Halpern) Morgenstern le Rabbi de Kotzk s'est retiré durant ses 19 dernières années de sa vie, grosso modo, depuis que son 'hassid le plus remarquable, R. Mordekhai Yossef Leiner, décida de quitter sa 'Hassidout (juste après Soukot 1839) (pour devenir le Rabbi de Izhbitza-Radzin).
Le Rabbi de Kotzk resta enfermé dans sa chambre jusqu'à son décès le 22 Shvat 1859.
Il semblerait qu'il n'en sortit point pour se rendre à la synagogue et seuls quelques très rares privilégiés pouvaient entre le visiter, pas de quoi réunir un Minian.
ça reste étrange, tout en comprenant que le fait même de s'isoler ainsi et refuser de voir du monde durant 19 ans est suffisamment étrange pour ne pas s'interroger sur la manière dont il accomplissait les Mitsvot qui nécessitent de sortir de sa chambre (comme la souka) et même s'il pouvait avoir un Shoffar sur place et s'arranger en lisant la Meguila seul (tout comme Parshat Zakhor!), il n'avait pas de Mikve (ce qui pourrait paraître plus grave pour un Rabbi 'hassidique)...
Il se trouve que durant l'année qui a précédé cet isolement, le rabbi était malade quasiment toute l'année (suite à une perte de connaissance en plein Tish...). A peine était-il remis sur pied, que son élève décida de quitter sa 'hassidout. Ce qui fait que durant les 20 dernières années de sa vie, ses 'hassidim ne l'ont pas trop vu.
Enfin bref, c'est une période assez obscure (ce qui a poussé certains à élaborer des théories assez osées pour expliquer cet isolement) et je ne suis pas certain que l'on puisse l'analyser comme un choix du Rabbi à prier Beya'hid.
- Rav Binyamin Wattenberg
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Je vais donc être plus consciencieux et indiquer une référence fiable à cela:
dans le Péèr Hador (1969 tome II, p.30) il est écrit que le 'Hazon Ish, après son arrivée en Erets Israel, ne trouvant pas de Minian selon son goût, n'allait pas prier à la synagogue pendant une période et priait tous les jours de la semaine Sha'harit chez lui, sans minian. (par la suite, on comprend que le Shabbat aussi, il ne priait pas beminian).
Considérant la Shita selon laquelle la Kriat hatorah est une obligation qui incombe à chaque individu (et non à la collectivité -c'est une ma'hloket), il venait à la synagogue les lundis, jeudis et samedis, uniquement au moment de la Kriat Hatorah et repartait juste après.
A tel point qu'il y avait des enfants qui l’appelaient/le surnommaient "le tsadik qui ne met pas les Tfilines" (Péèr Hador II, p.32, note 16), puisqu'il ne mettait finalement jamais les Tfilines en public, ces enfants imaginaient qu'il ne mettait pas les Tfilines du tout. Le 'Hazon Ish n'y répondait que par un sourire, n'estimant pas nécessaire de se justifier.
- Rav Binyamin Wattenberg
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https://www.techouvot.com/viewtopic.php?p=52882#52882
où il est mentionné que le 'Hazon Ish avait conseillé à quelqu'un de faire Min'ha Beya'hid tous les vendredis afin de favoriser la Kavana.
- Rav Binyamin Wattenberg
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Il venait pour la Kriat Hatorah et ne commençait sa Tfila qu’une fois le second minian terminé (minian qui débutait pourtant à 10h30 !...)
C'est ce qu'écrit son fils (I.Y.Singer) dans: D’un monde qui n’est plus, p.47.
- Rav Binyamin Wattenberg
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- Rav Binyamin Wattenberg
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Vous pourrez lire cette information dans le livre sur Rav Chajkin, Pour la Gloire de Hachem (p.42).
- Rav Binyamin Wattenberg
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- Rav Binyamin Wattenberg
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Tandis que plus haut (Tour O’’H §286), il écrit que le Rosh priait chaque année Moussaf seul en raison de l’heure.
Il semblerait donc que ce n’était pas vraiment et absolument chaque année, mais vraisemblablement très fréquent.
[On n’imagine pas qu’un grand Rav comme le Rosh n’ait pas pu imposer à sa synagogue de faire sha’harit de Yom Kipour plus rapidement, mais ça semble être le cas. Il se peut néanmoins qu’il le pût mais ne le souhaitât point, considérant qu’il fût bénéfique pour le Tsibour de continuer ainsi.]
- Rav Binyamin Wattenberg
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Dans le Vikou’ha Raba (II, §14 -Munkacz 1894, daf 27b-28a) (Sefer qui vient défendre les ‘hassidim), nous lisons que celui qui sait qu’il ne pourra pas prier avec Kavana s’il prie Betsibour, c’est une Mitsva et même une obligation pour lui de prier seul -à condition qu’il ait alors la Kavana.
Voici ses mots:
ואם יודע בעצמו שלא יוכל להתפלל בצבור בכוונה כ"א ביחיד, מצוה וחובה עליו להתפלל ביחיד ובלבד שיכוון