Les noms des Tanaïm et Amoraïm
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Les noms des Tanaïm et Amoraïm
Je me suis souvent posé une question concernant les noms des Amoraïm particulièrement qui possédaient souvent une consonnance provenant de leur région. Leurs noms sont en araméen et pas nécessairement avec une consonnance juive et biblique. Alors pourquoi nous obstinons-nous à trouver uniquement des prénoms en rapport avec des Tsadikim du passé, et ne pas se laisser guider par sa propre inspiration. (Le Tosfot dans Yoma 39b ne concerne que les cas où l'on appellerait la personne avec un nom d'un Racha.)
Autre question concernant les Tanaïm et Amoraïm qui ne portaient pas de tous nos prénoms ancêtres (les Avot, Chevatim ou même leurs descendants). On retrouve oui Rav Nah'man bar Its'hak, Rabbi Yehouda, Rabbi Chimon, ou même Levy (ami du père de Chmouel), Rav Amram 'Hassida, etc. Mais pour ce qui est de Avraham, [Yaakov est également rare, même si on en trouve], Reouven, Aharon, Gad, Asher et bien d'autres n'apparaissent (apparement, pour le moins, je n'ai pas à ma connaissance eu la chance de les rencontrer) pas. Et évidemment, Moshé n'est pas non plus un prénom porté de l'époque.
Y a-t-il une raison à cela ?
Dès qu'on touche la période des Guéonim, on retrouve déjà un peu plus de prénoms, comme Rav Moshé (Mechrechaya) Gaon ben Rabbi Yaakov Gaon. Il est d'ailleurs évoqué dans le Tour dans (O.H. Siman 268) qui ramène les paroles de Rav Amram Gaon.
Je rajouterai juste que j'ai vu que le Maarats 'Hayout (Guitin 50) touche le problème, mais ne donne pas une raison à cela.
Merci d'avance.
- Rav Binyamin Wattenberg
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- Enregistré le : 24 févr. 2011, 19:26
Il n'y a pas d'interdit à donner un prénom qui n'est ni biblique ni juif ni porté par un tsadik.pourquoi nous obstinons-nous à trouver uniquement des prénoms en rapport avec des Tsadikim du passé
Nous ne nous obstinons pas, nous préférons.
Mais celui qui veut appeler son fils Hyppolite ou Thibaut, le peut.
J'ai écrit plusieurs fois sur ce site différents développements à ce sujet, vous pourrez les trouver grâce au moteur de recherche.
Merci de SEPARER autant que possible vos questions, n'hésitez pas à ouvrir plusieurs fils.Autre question
Oui, il y a beaucoup à dire sur le sujet, si vous lisez l'hébreu, j'ai écrit un ivre qui devrait sortir Bez"h bekarov, ce sujet y est aussi traité.concernant les Tanaïm et Amoraïm qui ne portaient pas de tous nos prénoms ancêtres...Et évidemment, Moshé n'est pas non plus un prénom porté de l'époque.
Y a-t-il une raison à cela ?
(Et j'ai peut-être aussi parlé de ça sur techouvot, je ne me souviens plus)
Concernant les noms des Tanaïm et Amoraïm, j’ai lu, je ne me rappelle plus où, que les noms des Macabim ( יוחנן , שמעון , יהודה , אלעזר , יונתן ) étaient en bonne place. J’ai vérifié et ça semble vrai, ces 5 noms sont souvent portés.
Surtout pour יהודה , grand combattant, et שמעון le fondateur de la dynastie Hasmonéenne.
On peut supposer qu’il s’agit d’un hommage à ceux qui sont, à l’époque, à la source de la dernière indépendance juive ?
Avez-vous connaissance d’un Hazal à ce sujet ?
Merci pour vos réponses toujours instructives
- Rav Binyamin Wattenberg
- Messages : 6569
- Enregistré le : 24 févr. 2011, 19:26
Je ne pense pas que le fait de trouver fréquemment ces noms parmi les Tanaïm soit un élément de preuve tel que vous le présentez, l’explication me parait bien plus simple : ces noms étaient fréquents /« à la mode » durant la période concernée, cette période s’étend (sur 2-3 siècles) depuis les Makabim et jusqu’aux Tanaïm.Concernant les noms des Tanaïm et Amoraïm, j’ai lu, je ne me rappelle plus où, que les noms des Macabim ( יוחנן , שמעון , יהודה , אלעזר , יונתן ) étaient en bonne place. J’ai vérifié et ça semble vrai, ces 5 noms sont souvent portés.
Surtout pour יהודה , grand combattant, et שמעון le fondateur de la dynastie Hasmonéenne.
On peut supposer qu’il s’agit d’un hommage à ceux qui sont, à l’époque, à la source de la dernière indépendance juive ?
Car si telle était l’explication (comme vous le proposez), comment se fait-il qu’il n’y ait pas eu d’engouement similaire pour Matityahou (leur père et premier leader) ?
Quant à l’hommage de la nation, je n’en nie pas la possibilité, mais cela n’aurait pas dépassé quelques décennies, surtout que les Sages ont critiqué la prise de pouvoir (royauté) des ‘Hashmonaïm qui, étant cohanim, n’auraient pas dû s’approprier la Malkhout.
Donc ces mêmes Sages et leurs successeurs ne devraient pas nommer leurs enfants du nom de ces héros avec autant d’enthousiasme (excepté peut-être pour Matityahou qui, lui, n’a pas fauté, mais nous constatons que son nom n’a pas été vraiment à la mode).
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mortdesidees
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- Rav Binyamin Wattenberg
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Je vous cite :J'ai lu il y a quelques temps dans un livre de Yechayaou Leibowitz (vous n'allez pas forcément aimer la source mais il disait l'avoir vu quelque part ce n'est pas son idée) que les prénoms les plus populaires à l'époque des Tanaïm seraient Eliezer et Yehoshua, pour éviter justement d'appeler ses enfants Avraham et Poche, deux figures fondatrices du peuple juif car cela aurait été perçu comme prétentieux. On nommait donc d'après les plus grands élèves de ces deux personnages, mais on évitait de les nommer d'après leurs propres noms.
Le fait que ce ne soit pas de lui n’indique pas que celui qui en est à l’origine soit plus « Kasher ».Yechayaou Leibowitz (vous n'allez pas forcément aimer la source mais il disait l'avoir vu quelque part ce n'est pas son idée
Mais je n’ai pas de souci avec ça, je peux m’intéresser à l’idée pour ce qu’elle vaut, sans me baser sur son auteur.
Je veux bien, mais nul besoin d’être un talmudiste confirmé pour savoir que c’est faux.J'ai lu … dans un livre de Yechayaou Leibowitz … que les prénoms les plus populaires à l'époque des Tanaïm seraient Eliezer et Yehoshua…
A moins de commettre l’erreur digne d’un débutant et de confondre Eliezer et Elazar, il n’y a pas tant que ça de rabbins du Talmud prénommés Eliezer.
Le Seder hadorot en a trouvé TROIS. Il y a les fils de : Hourkenos (=R.E. Hagadol), de Yaakov et de Tsadok.
C’est le prénom Elazar, qui n’a RIEN à voir avec Eliezer, qui est très en vogue parmi les Sages du Talmud. Ouvrez un Seder Hadorot (tome 2) pour vous en convaincre.
Pour Yehoshoua, il est vrai qu’il y en a beaucoup, mais ce n’est pas du tout le prénom le plus répandu.
Yehouda l’est beaucoup plus par exemple.
Si en cherchant bien on peut trouver une quarantaine de Yehoshoua, il y aura encore plus de Shmouel, quelques 80 ou 90 Shimon (soit deux fois plus que Yehoshoua !), et il doit y avoir TROIS fois plus de Yehouda que de Yehoshoua ! (près de 140 Yehouda)…
Les prénoms les plus populaires n’étaient donc assurément pas Eliezer et Yehoshoua.
Même en imaginant qu’il faille se concentrer uniquement sur la période Tanaïm et non Amoraïm (-mais pourquoi ?), ça ne marche pas.
Êtes-vous sûr que c’est bien Leibowitz qui écrivait ça, et qu’il ne s’en moquait pas ?
On peut reprocher beaucoup de choses à Yeshayahu Leibowitz, mais pas d’être Am Haarets à ce point.
N’importe quel universitaire peut rapidement se rendre compte qu’il n’y a pas beaucoup d’Eliezer.
Et confondre Eliezer et Elazar serait très étonnant de sa part.
Pour ceux qui ne connaissent pas Poche, vous découvrirez son identité par déduction, si Eliezer était l’élève d’Avraham, de qui Yehoshoua était-il l’élève ?...pour éviter justement d'appeler ses enfants Avraham et Poche
Et voilà, nous y sommes, vous voici avec l’information en poche.
L’idée elle-même, dire qu’ils voulaient éviter de paraître prétentieux en étant nommé par ces prénoms, est une idée qui existe.pour éviter justement d'appeler ses enfants Avraham et Poche, deux figures fondatrices du peuple juif car cela aurait été perçu comme prétentieux. On nommait donc d'après les plus grands élèves de ces deux personnages, mais on évitait de les nommer d'après leurs propres noms.
Le Rabbi de Klausenburg en parle dans son Shout Divrei Yatsiv (E’’H, §100, 8) et -il ne devait pas le savoir- il a été devancé en cela par Shir dans son Toldot Rabbi Nathan (auteur du Aroukh) (Varsovie 1913, note 25, p.45) et c’était déjà imprimé par ses soins dans Bikourei Haétim (1830, p.26).
(J’en parle dans le livre que j’ai B’’H terminé et qui sera bientôt imprimé je l’espère, la balle est dans le camps de l'imprimeur).
Mais en quoi et pourquoi cela les aurait-il poussés à choisir précisément les noms de leurs deux élèves ?
L’aspect Svara est discutable et faible.
Quant à l’aspect factuel, comme dit plus haut, ça frise le ridicule.