Trop étudier la Torah, dangereux ?

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OAPerez
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Trop étudier la Torah, dangereux ?

Message par OAPerez » 01 août 2021, 14:43

Chalom Rav.

Cette question concerne le sujet du déluge à l'époque de Noa'h, et plus particulièrement sur le fait que la Terre entière ait été submergée par l'eau, soit par les eaux de pluie.

J'ai entendu dire que la Torah dit que la pluie a submergé la Terre entière, et que la pluie, c'est de l'eau, et que « אין מים אלא תורה », et que le fait de « trop » étudier la Torah, c'est dangereux parce qu'on peut s'y « noyer ».

C'est vrai que la Torah emploie les termes de « מים », « מי המבול », « גשם »,‏
Mais on peut aussi inclure dans ce principe le vin et le lait, et également la lumière, etc., puisque la Torah est comparée à l'eau, mais aussi au lait, au miel, au vin, à l'huile (d'olive ?), à la lumière « אורה זו תורה »
Et que de même que la Torah est comparée au vin (par exemple), on pourrait dire que trop de Torah est dangereux, parce que c'est comme boire trop de vin : ça engendre des choses négatives, voire même lamentables.


Mais d'après moi, cette interprétation (le fait de dire que trop de Torah est dangereux, comme trop d'eau qui cause un déluge) me paraît bizarre, parce que cela reviendrait à dire qu'il faut étudier la Torah avec modération, et que ceux qui étudient beaucoup de Torah (comme les Avrékhim ou les Gdolim par exemple) sont dans l'erreur et qu'il ne faut pas faire comme eux.

C'est pourquoi je voudrais vous demander votre avis à ce sujet.



Merci d'avance.
Kol Touv.

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Rav Binyamin Wattenberg
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Message par Rav Binyamin Wattenberg » 01 août 2021, 21:03

J'ai entendu dire que la Torah dit que la pluie a submergé la Terre entière, et que la pluie, c'est de l'eau, et que « אין מים אלא תורה », et que le fait de « trop » étudier la Torah, c'est dangereux parce qu'on peut s'y « noyer ».
S'il fallait considérer ce que chaque farfelu invente dans ses "drashot", on ne s'en sortirait pas sans devenir fou ou Apikoros -ou les deux.

Il ne faut pas tenir compte de chaque idée, du moins tant qu'on n'en connait pas une source fiable et digne de confiance.

Et lorsque c'est le cas et que l'enseignement nous semble malgré tout bizarre, il faut savoir le mettre en perspective avec sagesse.

Avec des "Ein Mayim éla Torah" ou autre adage mal manié, on peut tout dire. Il suffit d'avoir de l'imagination, un esprit tordu et aucune retenue.

Il serait interdit d'étudier la Torah à Yom Kippour, car cela reviendrait à se désaltérer à bonne source, Ein Mayim éla torah... comment boire de l'eau en plein Yom Kippour?
Si on dit un Dvar Torah à côté de la farine Shmoura, ces matsot ne seront plus Shmourot, voire seront 'Hamets, car Ein Mayim éla torah...

J'ai déjà entendu des aberrations se "basant" sur des Maamarei 'Hazal, et elles étaient bien plus délirantes encore que celle-ci.

Une fois, quelqu'un m'a certifié avoir entendu de la bouche d'un rabbin qu'étant donné que "Shoul'han Domé Lemizbéa'h" et qu'il est interdit d'offrir du miel sur le Mizbéa'h, il serait donc interdit min hatorah de mettre du miel sur la table de rosh hashana !

Vous voyez jusqu'où on peut délirer en maniant, tel un Am Haarets, les adages rabbiniques...
Si "Shoul'han Domé Lemizbéa'h" conférait à nos tables le statut halakhique du Mizbéa'h, nous aurions beaucoup plus de problèmes que celui du miel, y manger de la viande aussi serait un grave péché...

La règle est qu'il ne faut pas délirer et qu'il faut laisser aux véritables Talmidei 'hakhamim le soin de faire des Drashot.

Malheureusement, de nos jours, des tas de Amei haarets s'octroient le droit de faire des Drashot où ils inventent des âneries (des Amei Haarets qui connaissent peut-être plein de Minhaguim et aussi la Kriat hatorah, mais ils sont Amei haarets en cela qu'ils n'ont pas étudié le Shas en Yeshiva ou auprès d'un véritable Talmid 'Hakham) , et le Tsibour ne se rend pas compte qu'on le roule, car l'orateur à une belle et grande barbe et il utilise tout plein de mots en hébreu dans son discours...

Si jamais vous trouvez un rabbin pourtant respectable qui vous dit qu'il ne faut pas étudier trop de Torah car sinon c'est le déluge parce que "Ein mayim éla torah", il conviendra de le juger lekaf Zkhout et remettre en perspective son "enseignement", en essayant de comprendre ce qu'il voulait dire plutôt que ce qu'il dit.

Car somme toute, il est aussi une situation ou trop étudier peut être néfaste.

Nous savons au sujet de quelques rabbanim qui avaient fait trop d'efforts dans leur étude au point que les médecins leur ont interdit toute étude approfondie pendant un an. On raconte cela au sujet de quelques rabbanim qui ont vécu au XIXème/XXème siècle.

Mais de là à l'appliquer bêtement pour se dire qu'il ne faut pas trop se fouler dans l'étude, c'est clairement en contradiction avec le message des 'Hazal.

Il convient donc, soit de recadrer l'idée qui ressort de cet "enseignement", en la limitant à des cas extrêmes.
Soit ne pas considérer ce que chaque hurluberlu peut inventer lors d'une Drasha.
Modifié en dernier par Rav Binyamin Wattenberg le 14 juin 2022, 19:03, modifié 1 fois.

OAPerez
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Message par OAPerez » 11 oct. 2021, 09:15

Chalom Rav Wattenberg.

Je voudrais ajouter une précision à mes propos concernant ce que vous avez dit:
Rav Binyamin Wattenberg a écrit :Si jamais vous trouvez un rabbin pourtant respectable qui vous dit qu'il ne faut pas étudier trop de Torah car sinon c'est le déluge parce que "Ein mayim éla torah", il conviendra de le juger lekaf Zkhout et remettre en perspective son "enseignement", en essayant de comprendre ce qu'il voulait dire plutôt que ce qu'il dit.
Je viens préciser que la personne qui a dit cela, c'est vrai qu'il y a des gens qui le considèrent comme un Rav, mais personnellement, je ne sais pas comment il faut le considérer, car c'est pour moi quelqu'un de douteux, parce qu'il a une façon de présenter et d'enseigner la Torah qui est (d'après moi) très discutable, parce que c'est quelqu'un qui critique les Yéchivot sans relâche (c'est un état de fait).

Je n'aime pas parler comme ça sur les gens, mais je me dis qu'il ne faut pas non plus se voiler la face, et qu'il faut savoir faire la part des choses et mettre les choses à leurs places.



Kol Touv.

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Rav Binyamin Wattenberg
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Message par Rav Binyamin Wattenberg » 21 mars 2022, 22:05

Ok.
Bien évidemment, lorsque j'encourage à juger Lekaf Zkhout des paroles étranges d'un rabbin, c'est, comme je le disais, s'il s'agit d'un rabbin respectable.
Mais si c'est un hurluberlu, il faut voir au cas par cas.

RHY
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Message par RHY » 23 mars 2022, 08:37

Bonjour
Dans les Ossafot du commentaire sur Pirkei Avot du rambam édition Mossad Harav Kook, en fin de livre, une des premières Ossafot de mémoire, ils reprennent un midrash qui va dans le sens d'une étude dangereuse si elle est trop intense. Ils l'expliquent en disant que ce midrash fait référence en filigrane à A'her.
Je ne me rappelle pas de la référence du midrash et je n'ai actuellement pas la possibilité de consulter le livre.
Si qq peut consulter et nous partager éventuellement

RHY
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Message par RHY » 14 avr. 2022, 17:55

Bonjour,

A la fin du Pirouch Harambam Laam au Pirkei Avot édition Mossad Harav Kook, dans les Hachmatot ( p:258), il est rapporté cette citation du Midrach Hagadol; la Torah a été comparée à de l'eau pour dire que tout celui qui en étudie trop, en arrive à la Minout.
Là-bas, ils proposent deux explications possibles: ctte déclaration vise Elisha Ben Abouya, ou les Caraïtes avec leur doctrine: "cherche mieux dans la Torah ( écrite, et tu n'auras pas besoin de la Torah Orale )

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Rav Binyamin Wattenberg
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Message par Rav Binyamin Wattenberg » 14 juin 2022, 19:01

A RHY 1 et 2 :
Dans les Ossafot du commentaire sur Pirkei Avot du rambam édition Mossad Harav Kook, en fin de livre, une des premières Ossafot de mémoire, ils reprennent un midrash qui va dans le sens d'une étude dangereuse si elle est trop intense. Ils l'expliquent en disant que ce midrash fait référence en filigrane à A'her.
Je ne me rappelle pas de la référence du midrash et je n'ai actuellement pas la possibilité de consulter le livre.
Si qq peut consulter et nous partager éventuellement
A la fin du Pirouch Harambam Laam au Pirkei Avot édition Mossad Harav Kook, dans les Hachmatot ( p:258), il est rapporté cette citation du Midrach Hagadol; la Torah a été comparée à de l'eau pour dire que tout celui qui en étudie trop, en arrive à la Minout.
Là-bas, ils proposent deux explications possibles: ctte déclaration vise Elisha Ben Abouya, ou les Caraïtes avec leur doctrine: "cherche mieux dans la Torah ( écrite, et tu n'auras pas besoin de la Torah Orale )
J’ai trouvé le Midrash Hagadol, c’est sur Mikets (XLII, 1) (p.634) , ou dans l’édition du Mossad Harav Kook (1997, p.231)
שכל הלמד ממנה יותר מדאי סוף שהוא יוצא למינות

Comme ça, ça à l’air démentiel, à moins de l’expliquer comme je l’ai fait plus haut.

J’ai vu que Rav Dessler dans une lettre à Rav Sliman Sassoon (Sefer Hazikaron leBaal Mikhtav MeEliahou, Mikhtavim p.329) mentionne ce Midrash et s’en étonne, il pense que c’est une falsification, un ajout malhonnête dans le texte.

Ou alors, il propose de l’expliquer dans le sens de במופלא ממך אל תדרוש c-à-d concernant des sujets qui nous dépassent en matière de Kabbala et qu’il ne faut pas chercher à trop approfondir.

Ce Midrash est aussi cité par Rav Ye’hia Kafi’h dans son livre contre les kabbalistes Mil’hamot Hashem (§106) et il l’applique volontiers lui aussi aux sujets kabbalistiques qui nous dépassent.

La première option de Rav Dessler pourrait paraître étrange, est-il envisageable de dire qu’il y aurait des ajouts malhonnêtes dans nos livres ?
Mais c’est un fait difficilement discutable et d’autres que lui ont déjà pointé plusieurs passages même dans le Talmud comme étant des ajouts de ce type !

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