On va le tuer?
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MrQuestion
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On va le tuer?
Quand la gumara dit כופין עד שתצא נפשו pour quelqu'un qui veut faire une avéra, ça veut dire qu'on va le tuer תצא נפשו, mais pourtant même si il fait la avéra ממש il est pas חייב מיתה alors comment comprendre ?
Merci
- Rav Binyamin Wattenberg
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C’est une très bonne question, redoutable même.Quand la gumara dit כופין עד שתצא נפשו pour quelqu'un qui veut faire une avéra, ça veut dire qu'on va le tuer תצא נפשו, mais pourtant même si il fait la avéra ממש il est pas חייב מיתה alors comment comprendre ?
Cependant, si vous aviez la bonne compréhension de l’expression, la question ne se poserait pas.
Car lorsqu’on dit dans ce cas עד שתצא נפשו, c’est une expression qui signifie "jusqu’à affaiblissement" [et non "jusqu’à la mort"].
Vous trouverez cette interprétation dans la Shita Mekoubetset (au nom des élèves de Rabénou Yona) sur Ktouvot (86a -daf 108d), que je cite :
ובכל מקום שאמרו מכין אותו עד שתצא נפשו רוצה לומר שאין שם שיעור ידוע אלא שיחלישו כחו
Il ne s’agit donc pas de le tuer, ce qui aurait été en effet incompréhensible.
C’est pour moi l’occasion de souligner une nouvelle fois (sans vous viser particulièrement) à quel point l’étude de la Torah nécessite impérativement un enseignement d’un Rav qualifié.
Car ce type d’erreur est fréquent, et les erreurs entrainées par une précédente erreur le sont encore plus.
Cette erreur isolée n’est pas en mesure de défigurer toute la Torah, mais les nombreuses autres similaires et tout ce qu’elles entrainent par la suite (par analogie, déduction et réflexion) sont un réel danger pour la Hashkafa.
L’autodidacte, comme l’élève d’un Rav « pas vraiment qualifié », risque mille fois de s’égarer dans l’étude du Talmud et la compréhension du judaïsme en général.
C’est pour cela que pullulent tous ces pseudo-kabbalistes et Babas en tout genre, ça n’aurait pas lieu dans un environnement plus sain d’esprit.
Le meilleur moyen d’éviter de faire fausse route en Torah, c’est de savoir toujours faire appel au bon sens pour se poser les bonnes questions et ne pas « avaler des couleuvres » avec un sourire béat aux lèvres.
Celui qui reste alerte, s’il n’oublie pas la modestie indispensable pour apprendre, se donne toutes les chances d’éviter les écueils.
(Je précise à nouveau que ce message ne vous est pas destiné particulièrement, au contraire, vous avez posé la question, c’est bien la preuve que vous étiez alerte et n’avez pas admis un non-sens. Bravo.)
- Rav Binyamin Wattenberg
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- Rav Binyamin Wattenberg
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Le Shevet Hakehati (I, §376) indique que le Meshovav Netivot (§3) et le Min’hat ‘Hinoukh (§8) semblent avoir interprété ce Din littéralement.
Mais il rapporte la Shita Mekoubetset que j’ai citée plus haut.
Il y a encore un étonnement qu’il mentionne, c’est sur le Rabbi de Munkacz dans Nimoukei Ora’h ‘Haim (§24), qui se demande comment la Gmara ‘Houlin (132b) peut-elle dire que celui qui (porte un habit à 4 coins et) refuse d’accomplir la Mitsva de Tsitsit est concerné par kofin Oto Ad Shetetsé Nafsho, pourtant c’est une Mitsva Kiyoumit (c-à-d que s’il ne porte pas d’habit à quatre coins il n’enfreint rien), donc au lieu de le tabasser à mort, il suffirait de lui retirer son habit à 4 coins !
Très embêté par cette question, le rabbi de Munkacz y répond sans trop de conviction en disant que si le concerné ne veut pas accepter de retirer son habit problématique, c’est son problème et nous avons l’obligation de le tabasser jusqu’à ce qu’il se plie à la loi, s’il en meurt par sa bêtise, ça sera tant pis pour lui.
Mais il n’est pas du tout convaincu par cette réponse qu’il juge insatisfaisante.
Le Shevet Hakehati (I, §376) semble étrangement n’avoir pas remarqué la fin du texte du Nimoukei Ora’h ‘Haim, il nous dit que ce dernier reste en Tsarikh Iyoun, et il écrit que sa difficulté n’en est pas une car le concerné peut lui aussi enlever son habit et s’il refuse de le faire et préfère mourir, nous n’avons pas à nous soucier de la survie de ce suicidaire impie.
En fait, la réponse du Shevet Hakehati est celle que le Nimoukei Ora’h ‘Haim écrivait déjà (mais dont il n’était pas satisfait) !
Quoi qu’il en soit, nous voyons que le Rabbi de Munkacz avait, lui aussi, compris Kofin Oto littéralement, en ignorant ce qu’écrit la Shita Mekoubetset au nom des Talmidei Rabénou Yona.