Gâteaux de Pessach et esprit de la Halakha

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Gooseneck
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Gâteaux de Pessach et esprit de la Halakha

Message par Gooseneck » 08 avr. 2017, 22:09

Bonjour Rav Wattenberg,

Au cours des siècles, il semble qu'une importance toute particulière ait été attribuée à l'esprit de la Halakha concernant l'autorisation de certains aliments à Pessach. Aussi les Hakhamim ont-ils interdit certains légumes qui « ressemblent » à du chametz. Certains sefarades ne consomment pas les pois-chiches car leur traduction en arabe tunisien est proche du mot « chametz ».

De nos jours, certaines « championnes » parviennent à réaliser des chefs-d'œuvre sucrés non seulement casher lepessach, mais en plus sans kitniot !

Ma question: Est-ce contraire à l'esprit de la fête de Pessach de manger un fondant au chocolat, un roulé à la confiture ou autre pâtisserie (casher au niveau des ingrédients) ressemblant (à l'œil et au goût) plus à du chametz gamour qu'à autre chose ? Faudrait-il s'en abstenir si l'on veut être mahmir ?

Chavoua Tov, bonne fête de Pessach, et merci pour le beau travail que vous faites à travers ce site.

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Rav Binyamin Wattenberg
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Message par Rav Binyamin Wattenberg » 16 avr. 2017, 12:25

Ce n'est pas vraiment "l'esprit de la halakha" qui a tenu à écarter les kitniot de nos cuisines, mais bien des inquiétudes halakhiques.

Il arrivait souvent qu'un grain de blé puisse s'immiscer par inadvertance dans un sac de riz ou autres graines et c'est pour cela que certaines communautés se sont interdit la consommation des kitniot.

D'autres indiquent plutôt comme problème la possibilité de faire une farine, il s'agirait donc d'une sorte de marit haayin.

Quoi qu'il en soit, on n'invoque ni on n'évoque "l'esprit de la halakha" en tant que tel.

Toutefois, votre question demeure en parlant du paramètre halakhique de Marit Haayin: doit-on interdire les gâteaux à la fécule de pomme de terre (et autres) sous prétexte de marit haayin (le qu'en-dira-t-on, la crainte qu'on en vienne à se tromper etc.)?

Il se trouve que c'est une ma'hloket.
Le Knesset Hagdola l'interdit, mais il n'est pas suivi par les poskim qui retiennent l'avis des opposants, le plus connus étant le Pri 'Hadash (§461 & 463) stipulant que nous ne sommes pas en mesure d'établir une nouvelle gzeira de nous-mêmes.
Voir encore Erekh Hashoul'han (o"h §461, 3 -daf 73c).

Pour ce qui est de la notion de l'esprit de la halakha, il faut souligner que si le concept existe, il doit être manié avec prudence, car il faudrait -ici- avant tout établir que l'esprit de la fête soit de s'abstenir de certaines catégories d'aliments, ce qui est loin d'être prouvé.

Certains juifs s'interdisent les bonbons, car dans les années 50 et 60, on n'en trouvait aucun en kasher lepessa'h.
D'autres s'interdisent le Coca et autres boissons au cola, considérant que le Coca est forcément 'hamets, car incompatible avec l'esprit de pessa'h (je ne l'invente pas, je vous rapporte des faits).

Parfois certains parents s'empressent à souscrire à ces idées libres afin d'éviter que leurs enfants boivent du cola (ou autres boissons pleines de sucre) durant -au moins- une semaine.

Chacun ses méthodes... D'autres, plus honnêtes halakhiquement mais moins avec leurs enfants, placeront la bouteille en hauteur pour éviter que les enfants n'y aient accès, c'est d'ailleurs pour cela qu'on l'appelle Coca C - O - L - A :
Si haut elle est , qu'on ne peut l'attraper!

En conclusion: nous ne sommes pas tenus de nous interdire les pâtisseries pascales qui sont rigoureusement "kasher" sur le plan halakhique.
Si l'on se sent gêné d'en consommer, il est autorisé de s'en abstenir, mais pas d'en priver les autres, ni de le revendiquer halakhiquement (malgré l'opinion du Knesset hagdola).
Celui qui souhaite être ma'hmir comme le Knesset hagdola en a le droit, mais je lui conseille tout de même de réfléchir à l'étendue des implications de ce principe avant de s'y engager.

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